mardi 16 août 2016

Quand j'ai cessé d'écouter le bruit des vagues...

Jusqu'à présent, j'ai toujours pensé que l'esprit vacances régnait dans les virées plages, la mer, le sable, la détente au soleil ou à l'ombre d'un parasol, les baignades prolongées...
Et je crois que je ne suis pas la seule d'ailleurs. L'été, on lâche prise, on oublie tout (nos ennuis, le boulot et le train train de quotidien) et on profite un maximum des apports de Vitamine D que nous procure la plage.

Et pourtant cet été, et plus particulièrement hier, mon monde féérique des vacances idéales a basculé dans la peur. Je n'aurais jamais cru ressentir cette sensation alors que je revenais d'un snack de bord de mer, les bras chargés de sandwichs et boissons pour notre petite compagnie, le maillot de bain gouttant encore de ma dernière baignade, et le cœur léger de me sentir en vacances...



Alors que je revenais sur la plage, longeant la cabane des pompiers sauveteurs, mon insouciance a soudainement été happée par un bruit sourd et prolongé venant du ciel qui a masqué le son apaisant des vagues. J'ai stoppé toute activité, je me suis comme figée dans le sol, et j'ai levé les yeux au ciel avec la peur au ventre. C'était un hélicoptère de la gendarmerie nationale, frôlant le bord des plages, deux hommes armés, assis sur le bord de l'engin, prêts à intervenir... J'ai regardé la plage, j'ai regardé l'hélico... et j'ai attendu, comme si le temps avait été suspendu. Et tout le monde a fait de même sur la plage. Nous avons été surpris. Mais plus que ça, nous avons eu peur.

Les pompiers, qui étaient à mes côtés, ont su lire l'émotion qui m'a parcouru. J'ai cru a un attentat. J'ai cru que ces hommes au bord de leur hélicoptère, rasant le sol, étaient là pour nous tirer dessus. J'ai cru qu'il allait se passer quelque chose. Et je n'ai pas bougé. Comme si ce dont on nous parle depuis le début de l'été était là, que ça n'était pas qu'à la télé que nous assistions à tant d'horreur...

....

Après plusieurs secondes de "tétanie" je me suis rendue sur la plage, auprès de mon mari, mon fils et de mes amis... et nous avons tous fait le même constat : ce moment agréable de détente, de vacances et de légèreté était emprunt de peur et d'angoisse. Enzo aussi a demandé pourquoi il y avait des militaires sur la plage, et pourquoi cet hélicoptère de la police était là. Nous étions tous très surpris. Bien sûr que nous sommes restés, bien sûr que nous avons continué à jouer dans l'eau ... mais avec ce petit truc au fond de nous qui nous faisait flipper.

Cette année les vacances ne sont plus les mêmes qu'avant. Aujourd'hui, malgré notre envie irrépressible de profiter des vacances et de nous amuser pour nous remplir de bonheur, nous gardons dans un coin de notre tête la menace. Et nous ne pouvons pas faire autrement (à part peut-être ne plus écouter ni lire les médias et vivre en vase clos).




Alors 1 an et demi après les attentats de Charly Hebdo, je me pose à nouveau la question de l'information que nous devons apporter à nos enfants. A l'époque de ce premier attentat, j'intervenais dans l'émission "Les Maternelles" pour savoir s'il fallait en parler à nos enfants. Et j'étais persuadée qu'il fallait (au moins) les en informer, pour éviter qu'ils ne l’apprennent autrement (dans les cours d'école) et qu'ils se trouvent démunis face à tant d'horreur. Leur en parler, évoquer les faits... et c'est la psychologue sur le plateau qui l'a dit "leur dire que les méchants avaient été arrêtés, qu'ils étaient morts, et que c'était un fait exceptionnel"...

Aujourd'hui, n'importe quel enfant en âge de comprendre les informations, en âge d'écouter les discussions d'adultes, en âge de converser avec ses copains sera certainement confronté au mot "attentats" et à tout ce que ça cache derrière. Et il sera en capacité de comprendre que les faits se multiplient, et que nous sommes loin de "l'exceptionnel", que les "méchants" sont partout...
Comment les rassurer ? Comment leur dire que non, la situation n'est pas si grave, qu'il y a des fous partout mais qu'ils doivent se sentir en sécurité ...

Alors quelques mois après cette interrogation quant à nos enfants, je me pose à nouveau la question. Je me demande si nous ne sommes pas dans l'obligation de leur en parler. Car cela touche de plus en plus de familles, car cela impacte de plus en plus notre quotidien (police très présente et armée, militaires, interdictions...) et surtout parce que c'est en étant informé qu'on est davantage en sécurité.

Alors je me demande si dans les écoles, nos enfants seront informés de la menace... et s'ils auront une quelconque "formation" pour réagir en cas d'attaque. Nous les exerçons sans cesse aux risques d'incendie et de risques chimiques...alors pourquoi ne pas les alerter également sur cette menace bien présente.

Que faire ? Qu'en penser ? Je ne rentre pas dans la psychose, j'analyse des faits bien réels. Je ne m'arrête pas de vivre, je sors (tout en évitant les grands rassemblements), je ris, je joue avec mon fils, je profite de mon été... mais je sais que nous sommes menacés (le terrorisme devient notre quotidien) et je m'interroge sur l'information que nous devons apporter à nos enfants sans pour autant briser leur insouciance et leur légèreté.
C'est bien beau de nous balancer l'information sans discontinu, mais que faire de ces infos, comment digérer l'indigérable, et comment aborder le sujet avec notre jeunesse ?


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Merci pour votre commentaire ! Laissez votre prénom !