vendredi 18 avril 2014

Baby Blues

Enzo vient d'avoir 6 ans et c'est 6 ans plus tard que je peux enfin poser des mots sur mes maux d'après grossesse.
Ma grossesse fut idyllique. Nous avons voulu et désiré un enfant, et c'est après 6 mois de tentatives que je suis tombée enceinte, tout naturellement.
9 mois de grossesse donc avec un bonheur absolu. J'ai adoré être enceinte, je n'ai pas été malade, pas de brulures d'estomac, pas de rétention d'eau, pas d'infections, rien...ni même la moindre complication. Seule ma circulation du sang a été un peu capricieuse. J'avais du mal à dormir tellement j'avais mal aux jambes.
Mais j'ai vécu ces 9 mois comme une parenthèse enchantée. Je me sentais bien avec mon ventre rond, avec mon "Grain de Riz" que je trimbalais partout, je me sentais bien et belle. Ca a fait ressortir ma féminité (que je ne montre pas toujours) et j'étais fière de montrer mes formes. 
L'accouchement s'est bien passé lui aussi. J'ai eu mal, très mal mais je n'ai pas eu à patienter trop longtemps, je suis arrivée à l'hôpital à 8h00 et à 15h00 je mettais au monde un beau bébé. 
Jusque là, tout allait bien !
Loulou m'a assisté pendant tout l'accouchement (même s'il a eu une petite absence lors de son évanouissement !!!), ma maman était présente dès ma sortie de la salle d'accouchement et mon bébé allait bien. 
J'ai donc intégré ma chambre vers 17h00 et c'est alors que tout a basculé.


 

Je n'en parle que maintenant parce qu'à ce moment là, j'avais honte !
D'abord, les sages-femmes et infirmières nous ont annoncé que le Papa ne pouvait pas dormir sur place, qu'il y a avait un plan sécurité depuis peu et que l'hôpital refusait les aller-retour dans la nuit dans les couloirs. 
Quelle déception ! J'ai fondu en larmes. D'accord il y avait Enzo qui venait de naître, c'était le plus beau jour de ma vie...sauf que je voulais le partager avec mon mari. J'ai ressenti une très grande injustice. Je ne comprenais pas pourquoi son Papa ne pouvait pas rester à ses côtés au même titre que sa Maman. Je trouve ça inadmissible !
Après cette annonce, nous avons profité d'être ensemble. On a du passer une bonne heure à regarder et à admirer notre bébé.
Et puis, il a fallu que Loulou parte, et là j'ai ressenti un grand vide, une angoisse monter, ma gorge s'est serrée et j'ai soudain eu peur. 
J'ai honte ! Mais j'ai eu peur de me retrouver seule avec mon enfant. Non pas que je ne l'aimais pas, mais j'ai eu très peur de ne pas assurer, de ne pas savoir quoi faire, de paniquer. 
Loulou est parti, et par la fenêtre je l'ai regardé monter dans la voiture et se diriger vers la sortie du parking. J'ai pleuré. Je me suis sentie seule. Abandonnée et désarmée.
Dernière nouvelle qui a finit de m'abattre : je n'avais pas le droit de garder mon fils avec moi pendant la nuit. Comme je ne l'ai pas allaité, il n'y avait pas d'obligation à le garder. Peut-être que les infirmières, me voyant en pleurs (plusieurs fois depuis mon arrivée) ont cru bon de me laisser dormir au moins la première nuit.
Sauf que ça été tout le contraire. Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Je dormais dans la chambre attenante à la pouponnière et j'ai écouté toute la nuit les nouveaux-nés pleurer me demandant si c'était mon enfant qui pleurait. J'avais peur qu'on me l'enlève, qu'on me l'échange. Je voulais le tenir contre moi, pouvoir le câliner au moindre pleur. C'est injuste, profondément injuste de ne pas pouvoir rester avec son enfant. 
Cette nuit-là je me suis sentie très angoissée. J'ai dormi avec la porte des toilettes entre-ouverte pour laisser passer de la lumière. J'ai d'ailleurs procédé ainsi pendant les 4 jours d'hôpital. Je ne me sentais pas en sécurité, je me sentais seule et angoissée à l'idée que mon fils m'avait été retiré.
5 heures du matin, on m'a ramené mon petit bijou, enfin ! 
Soulagement. J'ai attrapé l'infirmière en lui disant que je ne voulais plus que ça se reproduise, que c'était mon enfant et que c'était à moi de décider.

Je suis restée 4 jours à l'hôpital. 4 jours alitée à cause d'une épisiotomie douloureuse, 4 jours à pleurer pour un rien, 4 jours à angoisser quand je voyais mes proches partir, 4 jours à me sentir isolée (car j'ai accouché à Saint-Etienne et je n'ai eu la visite que de ma maman et d'un amie...). J'en voulais "aux autres" de ne pas venir découvrir MA MERVEILLE.

Les infirmières m'ont dit que c'était normal. Qu'il ne fallait pas s"inquiéter, que c'était les hormones. 

Et puis je suis rentrée à la maison. 
Nous étions trois, nous étions heureux mais je n'allais pas bien. 

Premièrement parce que mon épisiotomie m’empêchait de m'assoir et de marcher correctement...il s'est avéré quelques jours plus tard que des points avaient sauté et qu'il y avait une plaie...Top du top !

 
Deuxièmement parce que je me sentais épuisée, c'est vrai un accouchement, c'est douloureux, c'est éreintant, c'est un choc pour notre corps. J'ai eu du mal à m'en remettre. Comme si on m'avait roué de coups.

 
Et troisièmement parce que je me retrouvais face à un petit bébé, et que je ne m'étais jamais occupé de petits bébés. J'étais effrayée à l'idée qu'il pleure, qu'il ait mal, que je ne sache pas le soigner, le calmer, j'avais peur qu'il ait froid, ou chaud, qu'il ait faim ou pas, je ne maîtrisais rien. Je l'aimais plus que tout mais j'avais peur de ne pas savoir m'en occuper. 
Tant qu'il a été dans mon ventre, je savais que j'assurais (grave !) j'ai tout fait pour qu'il soit bien : pas d'alcool, pas de cigarette (même si ne fume pas et je ne bois pas), de la marche, des aliments sains, des caresses...mais après, lors de sa venue au monde, je n'étais plus maître de rien.

 
Le nouveau-né me faisait peur. 
Ok un nouveau-né, c'est magnifique, c'est la VIE, c'est trop chou, on a envie de les câliner, de les bisouiller...mais c'est tellement fragile, tellement  frêle.
Aujourd'hui, avec le recul je sais que je ne suis pas à l'aise avec les bébés, quels qu'ils soient. J'aime quand un enfant commence à s'exprimer, quand on sait ce qu'il a, quand il peut communiquer avec nous. Ca ne se commande pas, c'est comme ça. 

J'ai donc passé une période difficile. Une période pendant laquelle j'ai ressenti beaucoup de solitude, je me sentais seule face à mon "nouveau-né". Un peu désemparée. 

J'ai perdu du poids, j'ai eu du mal à aller au boulot et à assurer toutes mes responsabilités...mes amies, ma famille et surtout mon mari m'ont épaulé. Mais quand on ressent ce que j'ai ressenti, on a honte. Le plus beau jour de ma vie qui tourne mal. C'est complètement idiot quand on y pense, mais on ne maîtrise pas, on subit une sensation difficile à expliquer.

Petit à petit Enzo a grandit et j'ai fini par m'adoucir, par me détendre, par me relaxer et par prendre ma place de Maman qui assure
Psy et kinésiologue m'ont aidé...aussi...et j'ai surmonté cette angoisse. Et puis ce qui m'a beaucoup aidé c'est qu'Enzo est passé du nouveau-né au bébé, puis au petit garçon...je me sentais plus à l'aise.

Aujourd'hui, je vous écris cela parce que d'autres mamans connaissent le baby blues (ou dépression post partum) et peu osent en parler. 
Aujourd'hui je n'ai plus honte parce que je sais que j'ai aimé mon enfant dès que j'ai appris que j'étais enceinte. Je n'ai jamais cessé de l'aimer. Mon accouchement reste un des plus beaux jours de ma vie. Enzo est né et a apporté avec lui le plus grand bonheur de la Terre. 
J'avais peur, j'étais angoissée, je pleurais beaucoup mais je l'ai toujours aimé à un point tel qu'aimer était ma raison de vivre.

  • Alors si vous êtes une nouvelle Maman et que vous ressentez les mêmes sentiments, faites-vous aider mais n'ayez surtout pas honte !

  • Si vous avez vécu ce baby blues, racontez-nous cette aventure hors-norme.

  • Et si Enzo tu lis un jour mon blog et que tu trouves ce billet...sache que je t'aime et ce depuis le 17 avril 2008, cet état n'avait rien à voir avec l'amour que je te portais mais plutôt avec ma peur de ne pas être parfaite.
Tu es du BONHEUR EN BARRE !
JE T'AIME !


9 commentaires:

  1. j'suis deg je viens de t'écrire un méga message et quand je clique sur publier ça m'a tout effacé... grrrr

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    1. Grrrrrrrr (comme tu dis !).
      Est-ce que tu as envoyé ton message par tablette ou par ordinateur?
      Parce que moi quand je vais sur d'autres blogs écrire des commentaires, si je suis sur l'I Pad, ca déconne, alors que par l'ordinateur y a aucun souci.
      Dans tous les cas, quand j'écris un commentaire, je le copie et ensuite je valide, comme ça si je le perds, je n'ai plus qu'à le copier à nouveau.
      Donc tu disais ... ?
      Bises

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    2. Et je voulais te dire également que c'est un très joli message pour Enzo ! ;-)

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    3. Merci !
      Je ne veux pas qu'un jour il se dise que j'ai mal vécu sa venue au monde et pire que je ne l'ai pas aimé parce que ça n'est pas du tout le cas !
      Bises

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  2. je ne fonctionne qu'avec l'ordi...
    Je disais que j'ai eu une très belle grossesse, j'ai aimé emmener mon petit ange partout avec moi, il était là et surtout il était bien protéger car dans mon ventre...
    L'accouchement s'est bien passé, si j'avais su j'aurais dormi au lieu de rester éveillée pour tenir compagnie mon mari... car après j'ai mis bcp de temps à récupérer... J'avais décidé d'allaiter et là je n'ai eu aucune aide des sages femmes, j'avais d'énormes crevasses et petit ange perdait du poids, du coup j'ai décidé d'arrêter l'allaitement après trois jours de galère, de pleurs, de réflexion... et là les sages femmes m'ont fait culpabiliser ! je m'en suis voulu... Mais bon il fallait bien que je le nourrisse mon petit bout.. J'ai pu enfin sortir de l'hosto sans médicament pour arrêter les montées de lait, je te dis pas comme j'ai souffert ! heureusement que mon généraliste était là et lui m'a prescrit les médocs.
    Ensuite sont venues les angoisses, plus tard ; pour moi c'est quand il y a eu un échange avec mon petit ange, qu'il commençait à comprendre qui j'étais, sa maman... J'avais des pensées noire à longueur de journée et cela m'empêchait de vivre, de grosses crises d'angoisses, à me couper le souffle, je me voyais mourir et lui seul sans moi ! qui lui aurait fait des câlins, l'aurait protégé,... Je ne le laissait jamais à personne, même à son père j'avais du mal... bref, il fallait que je me sorte de cette situation, pour moi mais surtout pour lui ! Du coup thérapie avec les emdr (non pas mort de rire !!!) et ça a marché ! aujourd'hui je le vis bcp mieux, et quand j'ai des idées noires, je les chasse aussitôt !
    Voilà ... bises

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    1. Ah oui ! En effet, je ne suis pas la seule à avoir vécu un "après" accouchement compliqué niveau moral.
      C'est très dur de vivre ce genre d'état parce qu'on a tout pour être heureuse quand on met au monde un enfant et pourtant...on passe par de mauvaises périodes. Et ce qui est d'autant plus difficile c'est que les gens autour de nous nous enfoncent en nous faisant culpabiliser au lieu d'être compréhensifs.
      Mais nous sommes des mamans fortes et tellement aimantes que nous pouvons soulever des montagnes.
      Bises et merci pour ton témoignage.

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  3. Ô ma pauvre ton article m'a donné les larmes aux yeux. Le baby blues je crois que toute les mamans l'ont. Après il est plus ou moins long et plus ou moins fort selon les femmes. Mais peut de femme le disent. Et quelle cruauté cet hôpital où tu as été pour ne pas te laisser avec ton mari et te retirer ton enfant sans ton accord ! C'est ce qui m'a le plus touché dans ton récit.

    P.S: Je t'ai ( enfin ) répondu à tes questions au sujet des badges.

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    1. Oui ça n'a pas été facile, et comme tu le dis, je crois que toutes les mamans passent par là, ça dépend juste de la durée de la "crise". Ca a été très dur en effet d'être séparée de mon mari puis dans la foulée de mon fils. Les maternités ne sont pas toujours très au point question psychologie.
      Quand je vois le commentaire de Céline Consolino (plus haut) qui s'est sentie coupable de ne pas pouvoir allaiter son enfant, tout ça à cause des infirmières, c'est déconné quand même !
      Je vais aller voir sur ton blog pour tes réponses sur les badges, bizzzz

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  4. Bonsoir. Ne pas confondre le baby blues que toutes les femmes car c'est la chute hormonale qui le crée et nous met à fleur de peau, et le post partum qui est plus grave et que pas toutes les femmes vivent. Tu as raison une des clés c'est de ne pas être seul et de chercher de l'aide auprès de personne. Il n'y a pas de honte.
    Bravo de ton témoignage.
    Je croyais me.souvenir de mes lectures du blog neuf mois qu'à l'accouchement vous aviez eu une frayeur pour Enzo . Ce qui pourrait aussi expliquer cette peur, angoisse qu'il lui arrive quelque chose...
    Je t'embrasse.
    Sandra

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